Les espaces verts
23/03/2015 14:59 par notre-vie-en-chine
En ce week-end de début de printemps, le soleil fait un retour en force après une semaine de pluie, le ciel est quasiment bleu, de nombreux arbres sont en fleurs, la température remonte en flèche faisant pressentir que la mi-saison sera courte comme toujours et que l’été chaud est en embuscade. Bref, l’ambiance est très bucolique et il est donc temps d’évoquer avec vous les espaces verts qui nous entourent.
Les villes chinoises sont très urbaines, aucun doute : au fur et à mesure de l’avance de la ville moderne, les quartiers anciens sont abattus et remplacés par des ensembles avec des rues larges à 4 ou 6 voies, de grands axes sont doublées d’autoponts de dizaines de kilomètres de long, accompagnés de leurs inévitables échangeurs spiralés, créant un dédale routier à 3 dimensions tel que l’on en voit dans les films futuristes des années 70. Une autre caractéristique en Chine est un manque de soin assez généralisé : ici, on construit vite mais pas forcément bien. Les immeubles de quelques années vieillissent mal et font apparaître rapidement des lézardes ou autres traces de dégradations des revêtements extérieurs, auxquelles s’ajoute un niveau de propreté parfois relatif, et on trouve de temps en temps certains terrains vagues ou débordements d’ordures entre les zones de chantier et les zones très populaires où les gens sont très pauvres et vivent souvent du recyclage de ces déchets. C’est peut-être pour ces raisons que l’omniprésence et la qualité des espaces verts sautent aux yeux dans toute ville chinoise. Omniprésence n’est pas un mot exagéré. Car le long de toutes ces voies urbaines, au bord de ces larges avenues, ou sur la ligne centrale, au centre des nombreux échangeurs routiers, on trouve de la verdure : des kilomètres de bacs de fleurs alignés, des milliers d’arbres en rangs d’oignons, des suites ininterrompues d’arbustes et de buissons ponctuent invariablement la ville rendant l’urbanité presque accueillante. Nous avons su que les travaux de la rocade étaient finis lorsqu’ils ont eu fini de planter les arbres et arbustes sur la rambarde centrale. Et contrairement à la France, il ne s’agit pas de plantations de ‘remplissage’ à défaut de mauvaises herbes, et qui seront vaguement fauchées une fois l’an. Non, il s’agit de véritables espaces paysagés combinant des buissons aux feuillages de diverses teintes pour former des motifs géométriques, les hauteurs de végétations, les couleurs de fleurs soigneusement choisis. Et dans tous ces espaces, pas une feuille ne dépasse, pas une herbe folle qui remette en question l’harmonie de l’ensemble. Même état de fait dans les nombreux parcs qui agrémentent la ville, l’ordre et le soin apportés aux cultures sont maîtres mots, impressionnant. Et encore sur l’autoroute, les compositions de ces espaces sont un peu plus simples, mais là encore les buissons et arbustes se succèdent en suites régulières même à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville la plus proche, et sont coupés au cordeau, pas de place au sauvage.
Alors, comment cela est-il possible ? Tout d’abord, la main-d’œuvre est abondante. Probablement pour des salaires très bas, on voit de nombreux chinois et chinoises qui parcourent ces espaces, que ce soit dans les parcs (les chanceux) ou au ras des voies de l’autoroute, simplement ‘protégés’ par un gilet fluorescent de haute visibilité et leur chapeau, littéralement risquant leur vie à chaque instant pour couper, aligner, désherber, replanter, arroser. De la même façon que pour les travaux, on ne voit jamais de panneau d’avertissement indiquant à l’avance qu’un entretien est en cours, pas de cônes oranges pour baliser la zone où ils interviennent – juste une petite forme orange que l’on distingue en train de travailler au bord de la voie centrale, pas de véhicule à proximité avec lequel ils seraient arrivés là, parfois à des kilomètres des zones habitées. En version moins dangereuse à Shanghai, Dominique a vu une fois un camion-citerne arroser à la lance les feuilles des platanes centenaires de la concession française pour en éliminer la poussière laissée par la pollution et les voitures. Cette main-d’œuvre est la base essentielle de la qualité des espaces verts que nous côtoyons chaque jour.
Les techniques de culture semblent également assez différentes de chez nous : peut-être encore pour des raisons de bas coût, les responsables de ces espaces verts n’hésitent pas à changer complètement les plantes de façon bien plus fréquente que ce que nous ferions, y compris des arbres assez anciens. Il n’est pas rare de croiser ainsi des camions chargés de 2,3, 4 arbres de plusieurs mètres de haut, parfois en pleine végétation, parfois simplement avec leurs branchages à nu, inclinés sur la remorque, déracinés avec une motte de 1 à 2 mètres de diamètre protégée par un filet de corde, la ramure frottant parfois sur le sol si les arbres sont vraiment trop grands. Et ainsi parait-il il y a 2 ou 3 ans, du jour au lendemain, notre avenue est-elle passée de buissons bas à un ornement de platanes d’âge avancé en pleine végétation ! Comment cela est-il possible sans que l’arbre ne dépérisse quelques semaines après sa transplantation ? Mystère. Peut-être un remède de médecine chinoise, secret ignoré de l’occident. Le plus impressionnant pour nous fut le jour où, en Mongolie Intérieure de végétation naturelle d’herbe sans aucun arbuste, nous sommes tombés sur des zones de reforestation : sur plusieurs hectares, des ouvriers étaient occupés à planter…des piquets de 4-5 mètres de haut, semblait-il. En fait, il s’agissait de troncs, une branchette oubliée témoignait parfois qu’ils étaient encore vivants, et il était évident que ces troncs étaient destinés à devenir bientôt des arbres en pleine force. Nous étions en plein mois de juillet, loin de la Sainte-Catherine ! Difficile de croire que le miracle s’accomplirait, si ce n’était les zones similaires alentour où déjà les arbres reprenaient du feuillage et de la vigueur. Si nous y retournons cette année, nous vous raconterons dans quel état sont maintenant ces arbres !
On retrouve ce même souci du ‘vert’ dans nos bureaux, agrémentés de nombreuses plantes vertes fournies par la société, si bien qu’elles sont toutes soigneusement choisies pour former un ensemble régulier et harmonieux. Ces plantes sont entretenues par une entreprise extérieure qui vient en prendre soin et même changer régulièrement les specimens, soit pour des raisons des saison (autour du Nouvel An, les poinsettias à feuillage rouge font leur apparition), soit juste avant que ceux-ci ne deviennent en mauvaise santé. Un article récent dans un magazine français faisait l’apologie de la présence de plantes vertes dans les bureaux, comme permettant une productivité plus élevée, il semble que les chinois l’aient compris depuis bien lurette. Nous n’en connaissons pas les fondements, mais cette tradition semble si fortement ancrée, qu’il est fort probable que la raison soit liée à des pratiques de Feng Shui pour favoriser l’harmonie.
Nous n’avons jamais vu l’intérieur de l’appartement d’une famille chinoise, mais gageons que ce sera la même chose, puisque l’on voit régulièrement de petites camionnettes près de notre résidence et des grands immeubles qui l’entourent, déballant sur la chaussée son contenu de plantes en pots de toutes tailles pour les vendre. Ces plantes sont invariablement présentés dans des pots de céramique blanche, simple mais déjà décoratifs – pas besoin de cache-pots.
Point d’orgue de ce souci du ‘vert’ atteint peut-être avec toutes les guérites des péages et même les points de contrôles de certains aéroports, dont la vitrine s’orne d’un alignement de fleurs et d’herbes… en plastique cette fois ! Ca compte en Feng Shui ?
Dans ce cadre verdoyant, nous profitons des températures agréables et du soleil, en vous en souhaitant tout autant et nous vous embrassons.
Patrick, Dominique, Caroline, Séverin, Philomène
Sur cette autoroute, même si la photo est un peu floue, on distingue la bordure centrale plantée de 2 types d'arbustes, soigneusement taillés à 2 hauteurs différentes, alors que nous sommes loin de toute ville, à 3 ou 4h d'autoroute de Shanghai.
En Mongolie Intérieure au mois de juillet, ces troncs nus sont en fait une parcelle d'arbres en cours de plantation. Difficile de croire qu'ils vont reprendre racine !
Pre-scriptum : cet article est spécialement dédié à Pascal, dit Bouschon, grand poète des grues de chantier.
Lorsque nous résidions en Slovaquie, nous avions l’impression qu’il y avait des chantiers partout. Grands naïfs que nous étions, ce n’était alors qu’une petite vaguelette de chantiers. En Chine, c’est d’une tout autre dimension ! Le chantier est immense, permanent, et surtout, nous devons vivre et voyager à l’intérieur. C’est probablement la différence fondamentale avec ce que nous avons vécu jusqu’à présent – au moins pour ce qui concerne Wuhan. Il faut bien avouer que la pression constructive est nettement plus faible à Shanghai pour les édifices de génie civil ; il y a en revanche encore beaucoup de programmes immobiliers en construction.
L’origine de cette frénésie est l’exode rural : au rythme du développement du pays, la population des villes augmente de 10 à 20% par an, développement centré autour de dizaines de mégalopoles dont les noms sont souvent inconnus en France. Soyez honnêtes, qui avait entendu le nom de Wuhan avant que nous y déménagions, alors que la population de l’ordre de 14 millions est déjà supérieure à celle de la région parisienne ? Cette croissance nécessite de nombreux aménagements urbains, domaine dans lequel le mode de gouvernance chinois excelle, via une planification détaillée et sans faille. Qui dit aménagement urbain, dit travaux.
A Wuhan, la ville a actuellement en chantier : de nouvelles lignes de métro (il y avait 2 lignes en 2012, il y en aura 7 en 2017), un troisième terminal à l’aéroport, un immense centre de conférence au bord du Yangtze, le doublement du 3ème périphérique par une autoroute surélevée, la construction du 4ème périphérique, ainsi que de nombreuses voies autoroutières aériennes pour quadriller le cœur de la ville. Construction ou re-construction d’ailleurs : la grande avenue qui passe près de chez nous est en travaux depuis que nous sommes là pour construire une telle route surélevée. Elle vient remplacer et compléter une version précédente, détruite à l’explosif juste avant notre arrivée alors qu’elle avait une quinzaine d’année : le béton était de mauvaise qualité et se dégradait en mettant en péril l’intégrité de l’édifice – des économies (illégales) de ciment nous a-t-on dit... A ce compte-là, on se rapproche des travaux de Sisyphe, éternellement recommencés. N’oublions pas l’aménagement élémentaire : les habitations. Ce sont des dizaines de programmes d’immeubles de 20, 30 étages, parfois plus, qui poussent comme des champignons dans la ville pour pouvoir accueillir l’augmentation de population, et d’immenses quartiers qui sont restructurés, alors qu’ils n’ont pas 10 ou 15 ans.
Comment fait-on pour mener de fronts autant de chantiers ? Financièrement tout d’abord, il parait qu’avec nos critères occidentaux, la ville de Wuhan serait déclarée en faillite depuis belle lurette. En Chine, ce n’est pas (encore) un problème, surtout parce que l’augmentation de population urbaine est bien réelle, pas de résidences fantomatiques telles que l’on a pu voir dans certains régions de Chine moins attirantes pour les migrants. Côté engins de constructions, la Chine a ses propres sociétés de fabrications et d’exploitation d’engins de levage, de grue, de camions, que l’on voit sillonner toutes les zones de chantier. Pour augmenter la capacité d’utilisation, la totalité des chantiers tourne 24h sur 24, 7 jours sur 7. Très impressionnant de voir des spots ou des gerbes d’étincelles sur les chantiers de l’autoroute ou des immeubles d’à côté en rentrant à minuit de Shanghai ou d’ailleurs, n’importe quel jour de l’année. La main-d’œuvre enfin. La plupart des ouvriers sont embauchés à très bas salaire et ‘importés’ des zones les plus défavorisées de l’ouest de la Chine. Ils logent dans des espèces de baraquement à 2 étages : on devine 4 à 6 lits superposés par chambrée de quelques mètres carrés, du linge qui sèche aux fenêtres et le chantier au pied même des bâtiments. Nous ne connaissons pas les horaires de travail, mais on devine des conditions difficiles, notamment en raison des mesures de sécurité très sommaires. Sur les échafaudages bricolés, parfois en simples bambous, on aperçoit des dizaines d’ouvriers, au mieux coiffés d’un casque, aucun système de retenue en cas de chute, des tâches qui ont parfois lieu au ras des voitures. Le taux d’accident doit être vertigineux. On entend aussi parler de ces populations dans les journaux à cause du principe des haikous : ce document est délivré par chaque ville et donne le droit d’inscrire ses enfants à l’école et de bénéficier des soins, des services sociaux, pour les personnes qui travaillent dans la ville. Les populations ouvrières des travaux sont considérés comme non-résidents, et n’ont pas accès à tous ces avantages, même pour ceux qui restent plusieurs années dans la même ville, et parfois ont avec eux leurs familles. Une ville à 2 vitesses.
Reste un élément à prendre en compte : l’impact sur la population. Etant donné le nombre de chantiers ouverts en parallèle, il est impossible de dévier la circulation sans tomber sur un autre chantier. La solution trouvée par le gouvernement est simple : pas de déviation, les habitants n’ont qu’à se débrouiller pour passer au milieu des travaux ! Résultat, comme décrit dans un précédent article, des trous partout, des rues boueuses pour peu qu’il y ait un chantier à proximité, les fameuses barricades bleues qui séparent tant bien que mal les voies de circulation du chantier proprement dit et qui sont lavées tous les deux jours par des ouvriers qui travaillent là encore au ras des voitures qui passent. D’un jour à l’autre, les voies de circulations changent avec très peu de d’indications et au final, de nombreux bouchons qui encombrent la ville. La nuit n’est pas épargnée : combien de fois Dominique s’est retrouvée bloquée sur l’autoroute pendant 20 ou 30 minutes, parce qu’une grue manœuvrait des blocs de bétons ou autre en bloquant le trafic sur la rocade. En ce moment, Wuhan développe une campagne de marketing « Wuhan, une ville chaque jour différente», dont les Wuhanais se moquent : différente chaque jour, ah oui, on ne sait jamais comment les travaux auront évolué et par où il faudra passer, avec bouchons ou sans bouchons ! Autre conséquence, une contribution non nulle à la pollution. La poussière des constructions n’améliore pas la qualité de l’air et les engins qui tournent jour et nuit n’ont pas de filtre à particules.
De notre côté, il nous semble tenir le bon bout : la rocade est bien avancée et bien que nous ne circulions pas encore sur la chaussée supérieure, le revêtement de la chaussée inférieure a été refait à neuf sur presque toute la distance et il n’y a plus de bouchons en ce moment, le gros des manœuvres étant maintenant terminé. Le chantier de la route surélevée de l’avenue d’à côté est lui aussi bien avancé et on nous promet prochainement l’ouverture du métro qui viendra jusqu’à chez nous ou presque. Evidemment, cela suppose qu’il ne faudra pas tout recommencer dans 3 mois pour cause de problèmes de qualité !
Nos vacances aux Maldives ont été magiques et il a été un peu difficile de se replonger dans ce quotidien animé. Vous êtes probablement aussi de retour de vacances de février pour la plupart d’entre vous. Alors, bon courage à tous !
Patrick, Dominique, Caroline, Séverin, Philomène
Des conditions de travail bien précaires : ici des ouvriers manoeuvrent au ras des voitures dont la circulation est maintenue. Pas de problème en cas de bouchon, beaucoup plus périlleux lorsque la circulation est fluide.
Chantiers et circulation normale sont totalement mêlés. Ici, on voit une grue qui transporte des éléments de construction et un camion d'injection de béton qui travaillent sur la chaussée supérieure en passant au-dessus du trafic normal de la rocade, en plein milieu du chantier.
Le système constructif des voies surélevées est assez étonnant, avec toujours ce treillis dense d'échafaudages qui soutient la chaussée en cours de construction sur toute sa longueur. On y voit les ouvriers qui s'y déplacent d'une barre à l'autre sans aucun système de retenue, en se demandant comment ils font pour ne jamais tomber...
Illustration supplémentaire du sujet 'circulez !'. La logistique est peu coûteuse en Chine. On le constate avec le transport de voitures. Les camions sont bien longs qu'en Europe et sont de plus dotés d'une plate-forme supérieure qui peut contenir 2 files de voitures. Résultat sur ce cliché, 21 véhicules transportés (des gros formats en plus !), là où un camion européen en transporterait une dizaine maximum. Nous avons même déjà vu des camions avec 4 rangées de voitures, 2 en haut et 2 en bas.
Nouvel An
Les congés du Nouvel An chinois viennent de commencer. Il s’agit du Nouvel An lunaire, si bien que la date en change chaque année par rapport au calendrier habituel. 18 février, donc assez tardif cette année. C’est également en référence aux cycles lunaires que l’on comprend le nom chinois de cette fête « festival de printemps ». Nous avons fini l’année du cheval et démarrons l’année du 羊 (yang). Querelle d’experts permanente pour savoir s’il s’agit du mouton ou de la chèvre (voire du bouc ou du bélier) ! On voit donc les deux types d’illustrations affichées. Nous ne chercherons pas à trancher… Autant le cheval est considéré comme un signe favorable, autant le mouton (ou la chèvre) est considéré comme un signe difficile et les natifs de ce signe sont censés passer toute leur vie à se battre pour joindre les deux bouts. Certains annoncent donc une annonce qui sera plus difficile que la précédente. Bill Gates et Barack Obama, natifs de la chèvre (ou du mouton) doivent bien rigoler. Il parait d’ailleurs que ces superstitions ne concernent que les jeunes ou les très vieux, la génération ayant grandi sous Mao a appris le rationalisme et se moque de ces symboles parait-il. Les traditions restent néanmoins très présentes pendant toute la période des fêtes.
Le festival de printemps est la plus importante fête chinoise de l’année, l’équivalent de Noël pour nous, notamment par sa dimension familiale très importante. Tout le monde a remarqué que la Chine, c’est grand ! Et il est assez fréquent que les personnes travaillent loin de leur région d’origine. Chaque année, la période du festival marque ainsi une période voyage très intense, grande transhumance des enfants (prodigues ou non) qui reviennent au pays, en général une seule fois par an à l’occasion du festival, souvent en rallongeant de leurs 2 semaines de congés statutaires annuels, la semaine fériée. On parle ainsi de 2.8 milliards de trajets sur la période, 400,000 personnes quittent en moyenne chaque jour Shanghai ou Pékin, 80 millions de personnes ont pris le TGV lundi dernier, date de l’augmentation forte des départs. Des chiffres qui donnent le tournis ! Les plus aisés, une minorité, feront leur trajet en avion, les classes moyennes en train et les plus pauvres en bus. Dès l’ouverture des réservations, les billets sont pris d’assaut et les voyageurs sont parfois contraints à des connexions compliquées et longues pour atteindre leur destination finale si les trajets directs ne sont plus disponibles. Chaque année, on entend parler de personnes qui ont parfois plus de 48h de trajet, à raison de 6 ou 7 connexions pour rejoindre l’ouest de la Chine depuis la côte est.
Le rouge est la couleur qui symbolise la fête, alors on en met partout pendant le festival. La maison est décorée de lanternes, de nouages traditionnels, de motifs tracés en papier ajouré, de fausses guirlandes de pétards, tous de couleur bien rouge avec un peu de doré. Il y a aussi des dessins très colorés (pas que en rouge !) représentant des scènes d’enfants bien joufflus. Sur les côtés et le dessus de la porte d’entrée, des banderoles portant des mots de bienvenue sont affichées, traditionnellement calligraphiées à la main et avec soin pendant la période « l’Avent ». De nos jours, on trouve cependant beaucoup de banderoles achetées en magasin dans les commerces mais aussi à l’entrée des maisons.
Les traditions sont fortes et encore très respectées : la veille du Nouvel An doit se passer dans la famille du mari. Toujours. Pas d’alternance mari/femme comme c’est souvent le cas chez nous à Noël pour ménager les 2 ascendances. Encore une raison de préférer avoir un garçon comme enfant unique !
Le déroulé de la soirée est codifié et rempli de symboles. D’abord, un bon repas, la gastronomie est tout aussi essentielle dans la culture chinoise que dans la culture française. Il faut servir de la viande, pour se donner de l’énergie et se tenir au chaud, du poisson, parce que la prononciation en est la même que « surplus » signe donc de prospérité et que l’année à venir sera bonne, des jiaozi (sorte de raviolis) qui symbolisent la rencontre de l’ancienne et de la nouvelle année. La nourriture doit être offerte en abondance, il faut qu’il en reste, là encore signe que l’année à venir apportera du surplus. Pendant la soirée, on discute en famille, traditionnellement autour de la cheminée, en parlant des événements de l’année écoulée. Puis, chacun va prendre un bain et met des habits neufs pour accueillir la nouvelle année et la soirée se finit normalement en jouant aux cartes ou au majong. Enfin, on s’échange en cadeau les fameuses enveloppes rouges, qui contiennent de l’argent liquide. Le lendemain, on rend visite à la famille de l’épouse cette fois-ci, ainsi qu’aux voisins, mais en journée, et les hôtes offriront des snacks. Aujourd’hui, si les couples sont issues de 2 familles très éloignées, on en reste aux voisins, et c’est à une autre occasion qu’il faudra rendre visite à la famille de l’épouse…
Tout au long du festival, il est également de tradition de sortir pour assister aux célèbres danses « du lion et du dragon », qui symbolisent là encore la rencontre des 2 années. On fait également éclater des centaines de pétards, dont le bruit a pour vertu de repousser les mauvais esprits. On retrouve d’ailleurs cette symbolique lors des différentes phases de construction d’un nouveau bâtiment, si bien que nous entendons souvent des pétarades, à toute heure du jour, voire même la nuit. Il parait que c’est beaucoup plus intense pendant les nuits autour du Nouvel An ! Cette pratique, très ancrée, n’est cependant pas sans controverse en ces temps de lutte contre la pollution : les pétards créent de nombreuses particules lorsqu’ils explosent et si le vent est faible, c’est pic de pollution assuré ! Ils représentent également beaucoup de déchets dans les rues, que les communes aimeraient éviter d’avoir à ramasser. Pour tenter de contrôler les choses, la communication est importante dans les journaux sur les désagréments qu’ils occasionnent, des messages sont diffusés pour encourager les gens à limiter le nombre de pétards qu’ils feront exploser, certaines zones de la ville ou certaines résidences sont interdites de pétards. A Pékin même, il faut une licence particulière pour être autorisé à vendre des pétards, et le nombre de jours où cette vente est autorisée est réduit un peu plus chaque année.
Il y a probablement bien d’autres traditions liées à cette fête que nous ne soupçonnons même pas puisque pour l’instant, nous n’avons pas encore passé un seul nouvel an chinois sur le territoire ! A notre décharge, bien que les traditions restent vivaces, notons que nous sommes loin d’être seuls dans les avions qui nous emmènent hors de Chine et de nombreux chinois vont maintenant passer leur Nouvel An au soleil. Certains avec leurs parents, d’autres seulement en couple ou avec leur enfant. Tout change…
Bonne nouvelle année à tous. Pour ce qui nous concerne, c’est le sable blanc et la mer turquoise des Maldives qui nous accueillent. Et même ici, les décorations du Nouvel An Chinois sont de mise (voir photo) ! Nous vous embrassons
Patrick, Dominique, Caroline, Séverin, Philomène
Le plus surprenant lorsque l’on débarque en Chine pour la première fois, c’est probablement la circulation routière. On a l’impression qu’il n’y pas de règle sur les routes et que ce n’est que par chance que son véhicule arrive intact à la fin de chaque trajet. Pourtant, ce n’est pas le chaos, des règles tacites existent mais elles sont bien différentes de celles en vigueur en Europe.
Premier élément : les acteurs de la circulation. Bien fini, le temps de la Chine à vélo. Aujourd’hui, la croissance automobile est de l’ordre de 15% par an en moyenne – ce n’est pas pour rien que Patrick est ici ! 80% des publicités concernent les voitures, l’achat de sa voiture représente un moment-clé dans sa vie et le véhicule choisi contribue au statut social. Mais comme tout ceci est un phénomène récent, la plupart des conducteurs ont en fait peu d’expérience, conduisant depuis peu. On le constate de visu sur la route : l’habitude est d’orner le premier véhicule que l’on possède d’un ruban rouge, et on en voit encore beaucoup. L’ascension sociale rapide aidant, ces véhicules sont parfois des 4x4 ou de grosses berlines, sympa comme premier véhicule. Ces premiers conducteurs sont de plus parait-il assez mal formés. Nous avons dû subir le questionnaire du code de la route pour valider nos permis français en Chine, mais il parait que la partie pratique est extrêmement limitée et a lieu surtout en circuit fermé, lâchant des hordes de jeunes conducteurs (pas forcément jeunes en âge) au volant de grosses voitures, avec seulement quelques heures d’expérience de conduite sur route. Une grosse frange de la population n’a cependant pas accès à l’achat d’une voiture, les prix étant au moins aussi élevés qu’en Europe. Ces Chinois moins fortunés se déplacent en scooters ou vélos électriques ; ici, pas de moteurs thermiques pour les 2 roues ! Ca pollue moins, et c’est très silencieux, pas forcément un avantage pour la sécurité de circulation. Pas de permis à passer, pas de casque. Dernière catégorie de véhicules, les véhicules professionnels qui vont du triporteur (lui aussi électrique) au gros camion, souvent surchargés et en mauvais état, pas de camions flambant neufs sur les routes. Comme beaucoup de gens dépendent de la débrouille pour survivre, si l’on a besoin de transporter des tubes de 3m de long, on les prend sur son scooter, en long ou pourquoi pas même en travers.
Deuxième élément : le décor. Les routes ne sont pas toujours en bon état (euphémisme), la croissance galopante impose des travaux permanents pour agrandir des routes, construire des routes surélevées, des ponts, des métros. L’esprit général de sécurité est bien faible par rapport à l’Europe, les communautés ne se sentent donc pas obligées de baliser de façon excessive toutes ces entraves ponctuelles à la circulation. Un poteau jaune juste devant le trou suffit bien à le signaler, même s’il est en plein milieu de l’autoroute. Et si la route est défoncée par le passage des engins de terrassement, pas grave, au pire une grosse plaque en métal pour couvrir les trous les plus profonds. En revanche, quelques règles sont imposées de façon forte (comme toujours) : respect des feux rouges et même oranges contrôlé par des caméras automatique quasiment à chaque carrefour. Si les roues avant entrent dans le carrefour à l’orange, c’est automatiquement l’amende et les points en moins. Un décompte des secondes restant de feu vert permettent de ralentir et de s’arrêter à temps. Autre point strict : la limitation de vitesse, là encore contrôlé par des milliers de radars automatiques, parfois un tous les kilomètres sur les autoroutes.
Dernier élément clé : la sociologie. Un petit détour par le confucianisme nous apprend qu’en Chine, seules les relations dans son propre réseau ont une valeur réelle pour les gens. Il n’y a pas de culture de politesse et de respect envers les autres de façon générale, on ne se sourit pas dans la rue, on ne dit pas bonjour à des inconnus, on ne cède pas la place à quelqu’un que l’on ne connait pas et ce n’est pas impoli. Au contraire, si ses propres intentions nécessitent de passer devant quelqu’un, on le fait et la personne en question ne le prend même pas mal. En revanche, l’esprit d’entraide et le souci de se rendre des services est très fort à l’intérieur de son réseau, d’où l’importance d’avoir ce réseau le plus large possible et avec des personnes de ‘haut rang’ pour améliorer sa propre image et son pouvoir personnel.
On imagine donc ce que cela donne sur les routes. Des individus égocentriques à bord de véhicules soit neufs et puissants, soit vieux, surchargés et en mauvais état, sur des routes d’état variable avec peu de signalisation des dangers routiers mais où quasiment tout le monde respecte strictement les limitations de vitesse et de feux. Il suffit de quelques mois pour que les règles tacites de circulation apparaissent clairement.
La première règle, c’est que tout peut arriver à n’importe quel moment. Si le véhicule devant veut déboiter d’un seul coup, il le fera. Si le véhicule qui arrive du parking sur la droite veut rentrer sur la route, il le fera même si vous arrivez et il n’est pas impossible qu’un véhicule arrive à contre-sens sur l’autoroute. Et personne ne s’en énervera, cf le confucianisme. Dominique se souvient encore de ce trajet où un taxi était arrêté en plein milieu de la bretelle d’accès à l’autoroute, et chargeait des bagages dans le coffre au milieu du trafic. Pas de problème, il avait besoin de charger quelque chose à ce moment-là, les véhicules s’écartaient docilement, tout va bien. Nous ne comptons plus les véhicules croisés à contre-sens en toutes circonstances. En conséquence, et probablement aussi du fait de l’inexpérience générale des conducteurs, le trafic s’écoule assez lentement, ce qui permet justement les écarts pour éviter les chocs. Un collègue comparait la circulation automobile chinoise à un banc de poisson : si l’un fait un écart, l’ensemble du banc réagit en un mouvement global fluide pour adapter son propre parcours. Quelques points de détails supplémentaires : en Chine, on a le droit de tourner à droite même si le feu est rouge. Très bien, donc le chinois impose sa priorité en tournant à droite au feu rouge et passant devant les véhicules qui avancent tout droit au feu vert. Même chose si vous tournez à gauche au carrefour : au feu vert vous passerez en priorité devant la file d’en face qui avance tout droit sur son feu vert. Feu vert ne veut pas dire priorité et là aussi, il faut être prêt à s’arrêter n’importe quand.
Deuxième règle : le plus fort a raison. Le bus ou le camion imposera toujours son propre trajet à la voiture, qui l’imposera au deux-roues, qui l’imposera au piéton, tout dernier élément de la chaine de la circulation. S’il est important d’être vigilant au volant d’une voiture, il l’est donc d’autant plus lorsque l’on circule à pied et traverser un carrefour peut s’avérer long et compliqué entre les véhicules qui tournent et les deux-roues qui arrivent de la contre-allée dans les deux sens, et qui tous passeront avant le piéton même si le petit bonhomme est vert. Même chose sur les passages piétons, dont on se demande bien à quoi ils servent, en tout cas, pas à ce que les véhicules s’y arrêtent pour laisser passer les gens qui traversent. De façon paradoxale cependant, si un piéton ou un deux-roues a décidé de braver la loi (retour au confucianisme : je fais ce que j’ai à faire, les autres n’ont qu’à s’en accommoder), eh bien les véhicules plus gros s’arrêteront quand même, le plus souvent sans protester, le tout est qu’il comprenne l’intention de celui qui traverse hors les règles habituelles. Entre deux véhicules de même taille, la règle est moins lisible mais tout aussi simple, c’est le premier qui s’engage qui s’arroge la priorité. Un petit coup d’avertisseur, dont le nom prend ici tout son sens, permet de valider cette priorité. J’ai klaxonné avant toi, cela veut dire que j’y vais, à toi de t’arrêter. Rappelons que tout ce petit monde circule à vitesse plus lente qu’en France, est de toute façon prêt à s’arrêter n’importe quand et l’ensemble fonctionne assez bien, avec quelques accrochages tout de même, mais souvent très bénins et finalement pas plus fréquents que ce que l’on voit en Europe.
Dernière règle à destination des étrangers : surtout ne pas s’énerver et ne pas traiter tous les autres d’imbéciles. Chacun se comporte selon les règles tacites locales et si on s’y conforme également, tout se passe plutôt pas mal, simplement l’ordre de passage est différent de ce qu’il serait en Europe. On peut d’ailleurs mesurer le facteur d’intégration des expatriés à la placidité dont ils font preuve sur la route.
Nous vous souhaitons à tous une excellente année 2015 puisqu’il en est encore temps selon nos usages. Ici, nous préparons le nouvel an chinois pour mi-février et l’entrée dans l’année du mouton. Nous vous embrassons.
Patrick, Dominique, Caroline, Séverin, Philomène